![]() |
|
Spaces home LES LAURIERS BLANCSPhotosProfileFriendsMore ![]() | ![]() |
LES LAURIERS BLANCSJe peux résister à tout sauf à la tentation
|
|||||||||||||||||||||||
Jean de la Fontaine La Satyre et le Passant
Au fond d'un antre sauvage,
Un Satyre et ses enfants
Allaient manger leur potage
Et prendre l'écuelle aux dents.
On les eût vus sur la mousse
Lui, sa Femme, et maint Petit ;
Ils n'avaient tapis ni housse,
Mais tous fort bon appétit.
Pour se sauver de la pluie
Entre un Passant morfondu.
Au brouet on le convie.
Il n'était pas attendu.
Son Hôte n'eut pas la peine
De le semondre deux fois ;
D'abord avec son haleine
Il se réchauffe les doigts.
Puis sur le mets qu'on lui donne
Délicat il souffle aussi ;
Le Satyre s'en étonne :
Notre Hôte, à quoi bon ceci ?
L'un refroidit mon potage ;
L'autre réchauffe ma main.
Vous pouvez, dit le Sauvage,
Reprendre votre chemin.
Ne plaise aux Dieux que je couche,
Avec vous sous même toit.
Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid !
Jean de la Fontaine La Vieille et les deux Servantes
Il était une Vieille ayant deux Chambrières.
Elles filaient si bien que les Soeurs Filandières
Ne faisaient que brouiller au prix de celles-ci :
La Vieille n'avait point de plus pressant souci
Que de distribuer aux Servantes leur tâche.
Dès que Téthys chassait Phébus aux crins dorés,
Tourets entraient en jeu, fuseaux étaient tirés,
Deçà, delà, vous en aurez ;
Point de cesse, point de relâche.
Dès que l'Aurore, dis-je, en son char remontait,
Un misérable Coq à point nommé chantait :
Aussitôt notre Vieille encor plus misérable
S'affublait d'un jupon crasseux et détestable,
Allumait une lampe, et courait droit au lit
Où de tout leur pouvoir, de tout leur appétit,
Dormaient les deux pauvres Servantes.
L'une entrouvait un oeil ; l'autre étendait un bras ;
Et toutes deux , très mal contentes,
Disaient entre leurs dents : Maudit Coq tu mourras.
Comme elles l'avaient dit, la bête fut grippée.
Le Réveille-matin eut la gorge coupée.
Ce meurtre n'amenda nullement leur marché.
Notre Couple au contraire à peine était couché
Que la Vieille craignant de laisser passer l'heure,
Courait comme un Lutin par toute sa demeure.
C'est ainsi que le plus souvent,
Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,
On s'enfonce encor plus avant :
Témoin ce Couple et son salaire.
La Vieille au lieu du Coq les fit tomber par là
De Charybde en Scylla.
Jean de la Fontaine Le Renard ayant la queue coupée
Un vieux Renard, mais des plus fins,
Grand croqueur de Poulets, grand preneur de Lapins,
Sentant son Renard d'une lieue,
Fut enfin au piège attrapé.
Par grand hasard en étant échappé,
Non par franc, car pour gage il y laissa sa queue :
S'étant, dis-je, sauvé sans queue et tout honteux,
Pour avoir des pareils ( comme il était habile ),
Un jour que les Renards tenaient conseil entre eux :
Que faisons-nous, dit-il, de ce poids inutile,
Et qui va balayant tous les sentiers fangeux ?
Que nous sert cette queue ? Il faut qu'on se la coupe :
Si l'on me croit, chacun s'y résoudra.
Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe,
Mais tournez-vous de grâce, et l'on vous répondra.
A ces mots il se fit une telle huée,
Que le pauvre Ecourté ne put être entendu.
Prétendre ôter la queue eût été temps perdu ;
La mode en fut continuée.
Jean de la Fontaine Les oreilles du Lièvre
Un animal cornu blessa de quelques coups
Le Lion, qui plein de courroux,
Pour ne plus tomber en la peine,
Bannit des lieux de son domaine
Toute bête portant des cornes à son front.
Chèvres, Béliers, Taureaux aussitôt délogèrent,
Daims, et Cerfs de climat changèrent ;
Chacun à s'en aller fut prompt.
Un Lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles,
Craignit que quelque Inquisiteur
N'allât interpréter à cornes leur longueur,
Ne les soutînt en tout à des cornes aussi ;
Et quand je les aurais plus courtes qu'une Autruche,
Je craindrais même encor. Le Grillon repartit :
Cornes cela ? Vous me prenez pour cruche ;
Ce sont oreilles que Dieu fit.
On les fera passer pour cornes,
Dit l'Animal craintif, et cornes de Licornes.
J'aurai beau protester ; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites-Maisons.
| |||||||||||||||||||||||